June Almeida, sur les traces des premiers coronavirus humains

le 22 mai 2020, par l'équipe Labtoo

Alors que la pandémie de COVID-19 continue de faire rage, le nom de June Almeida fait peu à peu son apparition dans les médias. Retour sur la vie de cette chercheuse virologue à l’origine de la première observation d’un coronavirus humain, dans les années 1960.

June Almeida portrait, sur les traces des premiers coronavirus

Une destinée scientifique

Née en 1930 à Glasgow, June Dalziel Hart s’engage très tôt dans le monde de la santé : ses parents ne pouvant lui permettre financièrement d’aller à l’université, la jeune fille pourtant brillante arrête ses études à 16 ans pour être engagée un an plus tard au Glasgow Royal Infirmary en tant que technicienne d’histopathologie. Elle est par la suite engagée à l’hôpital St. Bartholomew de Londres, et rencontre là-bas son futur mari, l’artiste vénézuélien Enriques Almeida.

Le couple émigre ensuite au Canada, et June Almeida poursuit sa carrière à l’Ontario Cancer Institute de Toronto en tant que technicienne en microscopie électronique. Son nom apparaît dans plusieurs publications scientifiques portant sur l’identification de la structure virale, si bien qu’elle attire l’attention d’A.P. Waterson, professeur de microbiologie à l’hôpital St. Thomas de Londres. Ce dernier parvient à convaincre June Almeida de retourner au Royaume-Uni, et la jeune femme y met alors au point une technique de microscopie révolutionnaire.

Une technique d’imagerie innovante

La microscopie électronique de l’époque permettait une observation plus ou moins détaillée des micro-organismes, car il était parfois difficile de faire la différence entre un virus ou tout autre corps microscopique.

La technique inventée par June Almeida pour y remédier et ainsi isoler les virus du reste des micro-organismes est relativement simple, mais efficace : elle prélève des anticorps de patients ayant précédemment subi une infection virale et les met en présence de son échantillon biologique. Les anticorps s’agrègent ainsi autour des particules virales, ce qui permet à June Almeida d’identifier lesquelles des particules visibles sont des virus en utilisant ensuite un contraste négatif.

Cette technique inédite dans le domaine de la virologie lui permet de devenir docteur en sciences (Sc.D.) malgré son manque de diplômes. Sa découverte de la microscopie immuno-électronique lui permet également de travailler sur l’hépatite B et le virus du rhume au sein de la Common Cold Research Unit, en collaboration avec David Tyrrell.

En 1966, Waterson, Almeida et Tyrrell travaillent sur un projet d’étude de rhinovirus cultivés sur cellules humaines ; parmi les échantillons étudiés figure un virus respiratoire difficilement cultivable, nommé B814, dont les tentatives d’observation par l’équipe de Tyrrell avaient toutes échoué. June Almeida déclare alors que sa méthode innovante d’imagerie lui permettra d’isoler le virus et d’en produire des images détaillées. Malgré le scepticisme de Tyrrell envers les propos d’Almeida, il accepte de lui céder des échantillons de B814, d’influenza et d’herpès.

Sous son microscope, June Almeida isole aisément les virus contenus dans les échantillons de Tyrrell. Plus encore, la structure de B814 lui rappelle celle de deux autres virus qu’elle avait eu l’occasion d’observer par le passé, à l’origine de la bronchite aviaire et de l’hépatite murine. A l’époque, les articles qu’elle avait rédigé sur ces deux virus avaient été rejetés, les examinateurs ayant estimé que les images d’Almeida étaient celles d’un virus influenza de mauvaise qualité. Désormais sûre d’avoir bel et bien identifié une nouvelle famille de virus, elle fait part de sa découverte à Tyrrell et Waterson. Les trois chercheurs se réunissent dans le bureau de Waterson pour lui trouver un nom. Le virus présentant un halo en forme de couronne, corona en latin, l’équipe décide de lui donner le nom de coronavirus. Cette nouvelle dénomination sera acceptée par le Comité International de Taxonomie des Virus (ICTV) en 1975.

Les découvertes de June Almeida ne s’arrêtent cependant pas au coronavirus. Elle sera également la première à fournir des images du virus de la rubéole, et identifiera deux composants distincts dans la structure du virus de l’hépatite B. Elle travaillera également au Wellcome Institute de Londres, où ses travaux lui permettront de figurer sur plusieurs brevets dans le domaine de l’imagerie des virus. Elle rédigera également pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) un Manuel pour un diagnostic viral rapide en laboratoire en 1979.

Divorcée en 1982, elle quitte le Wellcome Institute en 1985 pour prendre sa retraite avec son second mari, le virologue Phillip Samuel Gardner. Elle devient professeur de yoga à Bexhill, mais se retourne rapidement vers la recherche à la fin des années 80 pour participer aux études sur le VIH et en fournir des images de haute qualité. June Almeida décèdera en 2007 d’une crise cardiaque, à l’âge de 77 ans.

Un héritage qui refait surface

La pandémie de COVID-19 que le monde traverse actuellement a permis de mettre sur le devant de la scène June Almeida, dont les travaux en virologie – pourtant révolutionnaires – avaient été oubliés. Son histoire fut ainsi l’objet de chroniques dans le journal écossais The Herald, la BBC et National Geographic au cours des mois de mars et avril 2020, puis par de nombreux autres médias qui reprirent le sujet.

Interviewé en mars 2020 par The Herald, Hugh Pennington, professeur émérite de bactériologie à l’Université d’Aberdeen et ancien collègue de travail de June Almeida, la considère comme son « mentor » et comme « l’une des scientifiques écossaises les plus émérites de sa génération ». La découverte du COVID-19 par des scientifiques chinois repose par ailleurs sur l’utilisation de sa technique d’imagerie immuno-électronique.

Femme de sciences brillante au parcours professionnel atypique, et malheureusement largement oubliée malgré ses découvertes, June Almeida ne cesse désormais de faire parler d’elle dans le monde entier. Un demi-siècle plus tard, en pleine pandémie due à un coronavirus qu’elle aura été la première à identifier, ses travaux scientifiques sont ainsi plus que jamais d’actualité.

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